Points essentiels de cet article
- Les statuts sont l’acte fondateur de la société : ils définissent les règles de fonctionnement, la répartition du capital, les pouvoirs du dirigeant et les conditions de cession des titres
- En SARL, les statuts sont largement encadrés par la loi (articles L. 223-1 à L. 223-43 du Code de commerce). En SAS, la liberté est quasi totale (article L. 227-5)
- Douze mentions obligatoires sont imposées par la loi : forme juridique, objet social, siège, capital, durée, apports, répartition des parts, direction, majorités, exercice social, comptes, dissolution
- Le coût de rédaction varie de 0 EUR (modèle en ligne, risqué) à 2 000 EUR (avocat spécialisé, recommandé dès qu’il y a plusieurs associés)
Sommaire
La rédaction des statuts est la première décision juridique que vous prenez en tant qu’entrepreneur. Bien rédigés, les statuts protègent vos intérêts, préviennent les conflits et facilitent l’évolution de la société. Mal rédigés, ils créent des blocages, des contentieux et des coûts de modification évitables. Ce guide détaille les mentions obligatoires, les clauses recommandées et les erreurs à ne pas commettre.

Le rôle des statuts dans la vie de la société
Les statuts sont le contrat fondateur de la société. Ils s’imposent à tous les associés, au dirigeant et à la société elle-même. Leur violation peut entraîner la nullité de l’acte contraire (contrairement au pacte d’associés dont la violation ne donne lieu qu’à des dommages et intérêts).
Les statuts sont publics : déposés au greffe du tribunal de commerce, ils sont accessibles à tout tiers (fournisseurs, banques, concurrents). C’est pourquoi les clauses sensibles (valorisation, non-concurrence, répartition des pouvoirs) sont généralement réservées au pacte d’associés, confidentiel.
La modification des statuts nécessite une assemblée générale extraordinaire (AGE) avec des majorités renforcées : 2/3 des voix en SARL, conditions librement fixées en SAS. Le coût d’une modification (publication JAL + greffe + avocat) se situé entre 500 et 1 500 EUR. Pour en savoir plus sur la création d’entreprise, consultez notre guide.
Les douze mentions obligatoires
| # | Mention | Détail |
|---|---|---|
| 1 | Forme juridique | SAS, SARL, SASU, EURL, SA, SCI, etc. |
| 2 | Dénomination sociale | Nom de la société suivi de la forme (« … SAS ») |
| 3 | Objet social | Description de l’activité exercée |
| 4 | Siège social | Adresse complète |
| 5 | Durée | Maximum 99 ans, prorogeable |
| 6 | Capital social | Montant, nature des apports (numéraire/nature) |
| 7 | Apports de chaque associé | Détail par associé : montant, nature, évaluation |
| 8 | Répartition des parts/actions | Nombre de titres attribués à chaque associé |
| 9 | Direction | Modalités de nomination, pouvoirs, révocation du dirigeant |
| 10 | Décisions collectives | Conditions de quorum et de majorité pour chaque type de décision |
| 11 | Exercice social | Dates d’ouverture et de clôture |
| 12 | Dissolution et liquidation | Modalités de dissolution et répartition du boni |
Clauses recommandées selon la forme juridique
En SAS (liberté statutaire maximale)
La SAS offre une liberté quasi totale dans la rédaction des statuts. Les clauses recommandées :
- Clause d’agrément : soumettre toute cession d’actions à l’accord préalable des associés
- Clause d’exclusion : prévoir les motifs et la procédure pour exclure un associé
- Clause de variabilité du capital : permettre des entrées/sorties sans modifier les statuts
- Clause de droit de veto : accorder à certains associés un veto sur les décisions stratégiques
- Catégories d’actions : actions de préférence avec droits particuliers (dividende prioritaire, etc.)
En SARL (cadre légal impératif)
En SARL, la liberté statutaire est plus limitée. Les clauses possibles :
- Aménagement de l’agrément : conditions de majorité différentes selon le cessionnaire (associé vs tiers)
- Clause de préemption : droit de premier refus pour les associés
- Répartition inégale des bénéfices : possible sauf clause léonine (article 1844-1 du Code civil)
- Co-gérance : désignation de plusieurs gérants avec répartition des pouvoirs

Quel statut juridique choisir ?
Comparez SAS, SARL, SASU et EURL.
L’objet social : comment le rédiger correctement
L’objet social définit les activités que la société est autorisée à exercer. Il conditionne l’inscription au registre du commerce, le code APE et les obligations réglementaires.
Règle d’or : rédigez large. Un objet social trop restrictif oblige à modifier les statuts (et à payer les frais) dès que l’activité évolue. La formule type :
Formule type d'objet social
« La société a pour objet, en France et à l’étranger : [description de l’activité principale] ; et plus généralement, toutes opérations industrielles, commerciales, financières, civiles, mobilières ou immobilières, pouvant se rattacher directement ou indirectement à l’objet social ou à tout objet similaire ou connexe. »
Attention : certaines activités réglementées (banque, assurance, médecine, pharmacie) imposent un objet social spécifique encadré par la réglementation sectorielle.
Clauses de gouvernance et de majorité
Les statuts doivent préciser les règles de prise de décision au sein de la société :
| Type de décision | SARL (imposé par la loi) | SAS (libre) |
|---|---|---|
| Approbation des comptes | Majorité simple (>50%) | À définir dans les statuts |
| Modification des statuts | 2/3 des voix | À définir |
| Augmentation des engagements | Unanimité | À définir |
| Augmentation de capital | 2/3 des voix | À définir |
| Nomination/révocation dirigeant | Majorité > 50% | À définir |
| Dissolution | 2/3 des voix | À définir |
En SAS, la liberté est complète mais elle oblige à tout prévoir dans les statuts. Un oubli (par exemple, ne pas préciser la majorité pour nommer un nouveau président) peut créer un blocage total. Comparez les formes avec notre comparateur de statuts.
Clauses de cession et d’agrément
En SARL, la cession de parts à un tiers est soumise à l’agrément obligatoire des associés (article L. 223-14 du Code de commerce). Les statuts peuvent aménager les conditions (majorité requise, délai, droit de préemption) mais pas supprimer l’agrément pour les cessions à des tiers.
En SAS, la cession d’actions est libre par défaut. Les statuts peuvent (et doivent) introduire une clause d’agrément pour contrôler l’entrée de tiers. Sans cette clause, n’importe quel actionnaire peut vendre ses actions à qui il veut.
Pour les implications fiscales de la cession, consultez notre article sur la cession de parts sociales. Source : article L. 223-14 du Code de commerce.
Les sept erreurs de rédaction les plus fréquentes
1. Utiliser un modèle générique sans l’adapter. Les modèles en ligne sont des bases de départ, pas des statuts finis. Chaque société a ses spécificités (nombre d’associés, répartition du capital, activité) qui nécessitent une adaptation.
2. Rédiger un objet social trop étroit. Un objet social limité à « vente de chaussures en ligne » oblige à modifier les statuts si vous ajoutez des vêtements. Prévoyez large.
3. Ne pas prévoir de clause d’agrément en SAS. Sans cette clause, les actions sont librement cessibles. Tout actionnaire peut vendre à un concurrent ou à un tiers indésirable.
4. Fixer des majorités inadaptées. Prévoir l’unanimité pour toute décision (sauf augmentation des engagements) est paralysant. Un seul associé récalcitrant bloque tout.
5. Oublier la clause d’exclusion. Sans clause d’exclusion dans les statuts, il est impossible de forcer le départ d’un associé même fautif. En savoir plus sur les conflits entre associés.
6. Ne pas prévoir le décès ou l’incapacité d’un associé. En l’absence de clause, les héritiers deviennent automatiquement associés. Une clause d’agrément des héritiers ou de rachat obligatoire est essentielle.
7. Négliger le premier exercice social. Le premier exercice peut durer jusqu’à 24 mois (si la clôture est fixée au 31 décembre et la création intervient en janvier). Ou seulement 1 mois si la création est en novembre. Anticipez ce choix pour optimiser le taux réduit d’IS. Utilisez notre simulateur IS.
À retenir
Les statuts sont le socle juridique de votre société. Investissez dans une rédaction professionnelle (800 à 2 000 EUR chez un avocat) plutôt que de multiplier les modifications ultérieures (500 à 1 500 EUR par modification). Prévoyez large (objet social, durée), précis (majorités, pouvoirs, cession) et complétez par un pacte d’associés pour les clauses confidentielles.
Peut-on modifier les statuts après la création ?
Faut-il un avocat pour rédiger les statuts ?
Quelle durée prévoir dans les statuts ?
Les statuts de SAS et de SARL sont-ils différents ?
L’objet social peut-il être modifié ?
Maître Claire Beaumont
Avocate fiscaliste, 12 ans d'expérience. Ancienne collaboratrice de grands cabinets parisiens, installée à Lyon. Spécialiste en droit fiscal des entreprises, droit des sociétés et transmission.