Comment fermer son auto-entreprise

Dans cet article

  • La déclaration de cessation d’activité se fait gratuitement en ligne sur le guichet unique de l’INPI
  • Le délai moyen de radiation est de 1 à 4 semaines après le dépôt du dossier
  • Vous disposez d’un délai de 30 jours après la cessation pour déclarer votre dernier chiffre d’affaires
  • La dernière déclaration de TVA doit être transmise dans les 60 jours suivant la cessation si vous y êtes assujetti
  • Les cotisations sociales restent dues sur le chiffre d’affaires réalisé jusqu’au dernier jour d’activité
  • La cessation temporaire d’activité (mise en sommeil) est possible pour une durée maximale de 12 mois

En tant qu’avocate fiscaliste, je reçois régulièrement des auto-entrepreneurs qui souhaitent mettre fin à leur activité sans commettre d’erreur. Que la décision résulte d’un changement de projet professionnel, d’un passage en société ou simplement d’une activité devenue non rentable, la fermeture d’une auto-entreprise obéit à des règles précises. Je vous guide dans cette démarche pour que chaque étape soit accomplie dans les délais et les formes requises.

Pourquoi fermer son auto-entreprise : les motifs courants

La cessation d’activité d’une micro-entreprise peut intervenir pour de multiples raisons. Dans ma pratique, je constate que les motifs les plus fréquents sont les suivants :

  • Le dépassement des seuils de chiffre d’affaires : en 2026, les plafonds sont fixés à 188 700 € pour les activités de vente et 77 700 € pour les prestations de services. Un dépassement deux années consécutives entraîne la sortie automatique du régime.
  • La transformation en société (SASU, SARL, SAS) pour structurer une croissance ou accueillir des associés. Si vous envisagez cette transition, je vous recommande de consulter mon guide sur la rédaction des statuts et celui consacré au choix du montant du capital social.
  • L’arrêt volontaire de l’activité pour raisons personnelles, réorientation professionnelle ou retraite.
  • L’absence prolongée de chiffre d’affaires : après 24 mois consécutifs sans déclaration de recettes, l’administration peut procéder à une radiation d’office.
  • Le décès de l’auto-entrepreneur, qui entraîne la cessation automatique de l’activité.

Quelle que soit la raison, la procédure de fermeture reste la même. L’essentiel est de respecter les délais déclaratifs pour éviter tout redressement ultérieur. En matière fiscale, les conséquences d’un oubli peuvent être significatives, comme je l’explique dans mon article sur la prescription fiscale et ses délais.

La déclaration de cessation s'effectue en ligne sur le guichet unique de l'INPI
La déclaration de cessation s’effectue en ligne sur le guichet unique de l’INPI

Les démarches de cessation d’activité étape par étape

Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités d’entreprise passent par le guichet unique de l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle). L’ancienne déclaration au CFE (Centre de Formalités des Entreprises) n’existe plus. Voici la marche à suivre :

Étape 1 : préparer les informations nécessaires

Avant de vous connecter au guichet unique, rassemblez les éléments suivants :

  • Votre numéro SIRET
  • Votre pièce d’identité en cours de validité
  • La date de cessation souhaitée (elle peut être antérieure à la date de déclaration, dans la limite de 30 jours)
  • Votre dernier relevé de chiffre d’affaires

Étape 2 : effectuer la déclaration en ligne

Connectez-vous sur le site procedures.inpi.fr (guichet unique). Sélectionnez la formalité « Cessation d’activité » puis renseignez votre numéro SIREN ou SIRET. Le formulaire vous demandera de préciser :

  • Le motif de la cessation
  • La date effective de cessation
  • Le maintien éventuel de l’adresse pour la réception du courrier

La déclaration est entièrement gratuite. Aucun frais de greffe ni de publication n’est exigé pour la fermeture d’une auto-entreprise, contrairement à la dissolution et liquidation d’une société qui implique des coûts plus importants.

Étape 3 : valider et conserver l’accusé de réception

Après validation, vous recevrez un accusé de réception par courriel. Conservez-le précieusement : il constitue la preuve de votre démarche. La radiation effective intervient généralement dans un délai de 1 à 4 semaines. Vous recevrez ensuite un avis de radiation de l’INSEE confirmant la fermeture définitive.

Obligations fiscales liées à la fermeture

La cessation d’activité ne vous dispense pas de remplir vos obligations déclaratives. En tant qu’avocate fiscaliste, j’insiste sur ce point car les oublis sont fréquents et peuvent coûter cher.

Déclaration de revenus

Le chiffre d’affaires réalisé durant la dernière année d’activité doit être reporté sur votre déclaration de revenus complémentaire n° 2042-C-PRO. Si vous avez opté pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu, les sommes déjà prélevées seront prises en compte. Vous devez effectuer cette déclaration l’année suivant la cessation, selon le calendrier fiscal habituel.

Cotisation foncière des entreprises (CFE)

La CFE reste due pour l’année entière de cessation, sans prorata. Toutefois, si vous cessez votre activité au 31 décembre, vous ne serez pas redevable de la CFE pour l’année suivante. Je recommande donc, lorsque c’est possible, de choisir une date de cessation en fin d’année pour optimiser cette charge. En cas de cessation en cours d’année, vous pouvez demander un dégrèvement partiel auprès de votre service des impôts des entreprises (SIE), mais celui-ci n’est pas automatique.

TVA (si applicable)

Si vous êtes assujetti à la TVA (en cas de dépassement des seuils de la franchise en base), vous devez déposer votre dernière déclaration de TVA dans les 60 jours suivant la cessation. Cette déclaration couvre la période allant du début de la dernière période d’imposition jusqu’à la date de cessation effective. Un accompagnement par un professionnel est souvent utile à ce stade ; vous pouvez consulter mon article sur le coût d’un avocat fiscaliste pour évaluer l’investissement.

Cotisations sociales et dernière déclaration de chiffre d’affaires

Les cotisations sociales constituent un volet essentiel de la fermeture. Voici ce que vous devez savoir :

Conservez vos documents comptables pendant au moins dix ans après la fermeture
Conservez vos documents comptables pendant au moins dix ans après la fermeture

Dernière déclaration de chiffre d’affaires

Vous disposez d’un délai de 30 jours après la cessation pour effectuer votre dernière déclaration de chiffre d’affaires auprès de l’URSSAF, que vous soyez en déclaration mensuelle ou trimestrielle. Cette déclaration porte sur le chiffre d’affaires réalisé depuis votre dernière déclaration jusqu’à la date effective de cessation.

Taux de cotisations applicables

Les cotisations sont calculées aux taux habituels sur le chiffre d’affaires déclaré :

  • 12,3 % pour les activités de vente de marchandises (BIC)
  • 21,2 % pour les prestations de services artisanales et commerciales (BIC)
  • 21,1 % pour les activités libérales relevant de la CIPAV
  • 23,1 % pour les autres prestations de services (BNC)

Si votre chiffre d’affaires est nul pour la dernière période, vous devez tout de même effectuer la déclaration en indiquant 0 €. L’absence de déclaration entraîne une taxation d’office et des pénalités.

Droit aux indemnités journalières et à la retraite

La cessation d’activité met fin à vos droits à la protection sociale des indépendants. Vos droits à l’assurance maladie sont maintenus pendant 12 mois après la radiation. Quant aux trimestres de retraite acquis, ils restent définitivement acquis dans votre relevé de carrière.

Cessation temporaire : la mise en sommeil de l’auto-entreprise

Avant de fermer définitivement votre auto-entreprise, avez-vous envisagé la mise en sommeil ? Cette option permet de suspendre temporairement l’activité sans perdre votre numéro SIRET.

Conditions de la mise en sommeil

Depuis le décret du 30 juin 2024, la cessation temporaire d’activité pour les micro-entreprises est encadrée. La mise en sommeil est limitée à une durée maximale de 12 mois (renouvelable une fois dans certains cas). Pendant cette période :

  • Vous conservez votre numéro SIRET
  • Vous devez continuer à déclarer un chiffre d’affaires à zéro chaque mois ou trimestre
  • La CFE reste due (sauf exonération spécifique)
  • Vous ne pouvez pas exercer l’activité déclarée

Cette solution est intéressante si vous traversez une période d’incertitude ou si vous envisagez de reprendre l’activité dans un futur proche. Attention toutefois : au-delà de la durée maximale, l’INSEE procède à la radiation automatique.

Comment déclarer la mise en sommeil

La formalité s’effectue également sur le guichet unique de l’INPI. Sélectionnez la formalité de modification d’entreprise puis indiquez la cessation temporaire d’activité. La démarche est gratuite pour les auto-entrepreneurs.

Tableau comparatif : cessation définitive vs temporaire

Pour vous aider à choisir entre la fermeture définitive et la mise en sommeil, voici un comparatif des deux options :

Critère Cessation définitive Mise en sommeil (temporaire)
Durée Permanente 12 mois maximum (renouvelable sous conditions)
Numéro SIRET Supprimé définitivement Conservé pendant la période
Déclarations URSSAF Dernière déclaration sous 30 jours Déclaration à 0 € chaque mois/trimestre
CFE Due pour l’année de cessation Due chaque année
Reprise d’activité Nouvelle immatriculation nécessaire Reprise immédiate possible
Coût Gratuit Gratuit
Protection sociale Maintien 12 mois puis fin Maintien pendant la mise en sommeil
Formalité Guichet unique INPI Guichet unique INPI

Un avocat fiscaliste peut vous accompagner dans les situations complexes de cessation d'activité
Un avocat fiscaliste peut vous accompagner dans les situations complexes de cessation d’activité

Conséquences juridiques et patrimoniales de la fermeture

La fermeture de votre auto-entreprise produit plusieurs effets juridiques qu’il convient d’anticiper.

Sort des contrats en cours

La cessation d’activité n’entraîne pas automatiquement la résiliation de vos contrats professionnels. Vous devez résilier vous-même chaque contrat : bail professionnel, assurance RC professionnelle, abonnements, contrats fournisseurs. Si vous exploitez un local professionnel sous bail commercial, la résiliation obéit à des règles spécifiques que je détaille dans mon article sur la résiliation du bail commercial.

Créances et dettes

La fermeture de l’auto-entreprise ne fait pas disparaître vos dettes professionnelles. En micro-entreprise, votre responsabilité est illimitée : vos créanciers professionnels peuvent poursuivre le recouvrement sur votre patrimoine personnel après la cessation. Pensez à :

  • Encaisser toutes les factures clients en attente avant la cessation
  • Régler l’ensemble des dettes fournisseurs
  • Clôturer votre compte bancaire professionnel dédié (si vous en avez un)

Impact sur les aides et allocations

La cessation d’activité peut ouvrir droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) si vous remplissez les conditions d’éligibilité. Les auto-entrepreneurs qui cessent leur activité de manière involontaire (redressement ou liquidation judiciaire) peuvent bénéficier de l’allocation des travailleurs indépendants (ATI), sous certaines conditions de revenus et de durée d’activité.

Les erreurs à éviter lors de la fermeture

Au fil de mes consultations, j’ai identifié des erreurs récurrentes qui peuvent avoir des conséquences financières importantes :

Erreur n° 1 : ne pas faire la déclaration de cessation. Certains auto-entrepreneurs pensent qu’il suffit d’arrêter de déclarer du chiffre d’affaires. C’est faux. Sans déclaration formelle de cessation, vous restez immatriculé et redevable de la CFE. L’URSSAF peut également procéder à une taxation d’office en l’absence de déclarations.

Erreur n° 2 : oublier la dernière déclaration URSSAF. Le délai de 30 jours est impératif. Passé ce délai, des majorations de retard s’appliquent automatiquement.

Erreur n° 3 : ne pas demander le dégrèvement de CFE. Si vous cessez votre activité en cours d’année, pensez à adresser une demande de dégrèvement à votre SIE. Cette démarche n’est pas automatique mais elle est souvent accordée au prorata.

Erreur n° 4 : confondre cessation et radiation. La cessation est votre déclaration volontaire. La radiation est l’acte administratif qui en découle. Tant que vous n’avez pas reçu l’avis de radiation de l’INSEE, votre entreprise existe juridiquement.

Erreur n° 5 : ne pas conserver ses documents comptables. Même après la fermeture, vous devez conserver vos factures, relevés bancaires et déclarations pendant 10 ans (délai de conservation des documents comptables). L’administration fiscale peut exercer son droit de contrôle pendant les délais de prescription que j’ai détaillés dans mon guide sur la prescription fiscale.

Quand faire appel à un avocat fiscaliste pour la fermeture

La fermeture d’une auto-entreprise simple ne nécessite pas toujours l’intervention d’un professionnel. Toutefois, je recommande de consulter un avocat fiscaliste dans les situations suivantes :

  • Transformation en société : le passage de micro-entreprise à SASU, SARL ou SAS implique des choix fiscaux structurants (IS ou IR, régime de TVA, rémunération du dirigeant). Mon article sur l’intégration fiscale vous donnera un aperçu des possibilités offertes aux groupes de sociétés.
  • Contrôle fiscal en cours ou récent : si vous avez fait l’objet d’un contrôle ou si vous craignez une vérification, la fermeture doit être gérée avec précaution. Un audit fiscal préventif peut s’avérer judicieux.
  • Dettes significatives : lorsque les dettes professionnelles dépassent vos capacités de remboursement, un accompagnement juridique permet d’explorer les options (négociation amiable, procédure de surendettement).
  • Cession du fonds de commerce : si votre auto-entreprise dispose d’un fonds de commerce (clientèle, droit au bail, stock), sa cession avant fermeture doit respecter des formalités spécifiques. Consultez mon guide sur la cession de fonds de commerce pour en connaître les détails.
  • Plus-values professionnelles : la cessation d’activité peut déclencher l’imposition de plus-values sur les actifs professionnels. Les règles d’exonération (article 151 septies du CGI) méritent une analyse au cas par cas.

Pour comprendre les honoraires pratiqués et les différentes formules d’accompagnement, je vous invite à consulter mon barème des honoraires.

À retenir

  • Effectuez votre déclaration de cessation sur le guichet unique de l’INPI (procedures.inpi.fr) : la démarche est gratuite
  • Déposez votre dernière déclaration de chiffre d’affaires URSSAF dans les 30 jours suivant la cessation
  • Demandez un dégrèvement de CFE auprès de votre SIE si vous cessez en cours d’année
  • Conservez l’ensemble de vos documents comptables pendant 10 ans minimum après la fermeture
  • Envisagez la mise en sommeil (12 mois maximum) si vous n’êtes pas certain de vouloir fermer définitivement

Questions fréquentes


Combien coûte la fermeture d’une auto-entreprise ?

La déclaration de cessation d’activité est entièrement gratuite pour les auto-entrepreneurs. Elle s’effectue en ligne sur le guichet unique de l’INPI. Aucun frais de greffe, de publication ou de radiation n’est exigé. Les seuls coûts éventuels sont liés à l’accompagnement par un professionnel (avocat ou expert-comptable) si votre situation le justifie.


Quel est le délai pour fermer une auto-entreprise ?

La déclaration en ligne prend quelques minutes. Le traitement administratif par l’INSEE et la radiation effective interviennent dans un délai de 1 à 4 semaines après le dépôt. Vous recevrez un avis de radiation confirmant la suppression de votre numéro SIRET. Pendant ce délai, veillez à effectuer votre dernière déclaration URSSAF dans les 30 jours suivant la date de cessation.


Peut-on rouvrir une auto-entreprise après l’avoir fermée ?

Oui, il est tout à fait possible de créer une nouvelle auto-entreprise après une cessation définitive. Il n’existe aucun délai de carence imposé par la loi. Vous devrez simplement procéder à une nouvelle immatriculation sur le guichet unique de l’INPI. Un nouveau numéro SIRET vous sera attribué. Si vous hésitez, la mise en sommeil (cessation temporaire) permet de conserver votre SIRET pendant 12 mois.


Faut-il payer des cotisations sociales après la fermeture de l’auto-entreprise ?

Les cotisations sociales sont calculées sur le chiffre d’affaires effectivement réalisé jusqu’à la date de cessation. Après cette date, aucune cotisation supplémentaire n’est due si vous avez correctement effectué votre dernière déclaration. Vos droits à l’assurance maladie sont maintenus pendant 12 mois après la radiation. Les trimestres de retraite acquis restent définitivement validés dans votre relevé de carrière.


Que devient mon numéro SIRET après la fermeture ?

Après la cessation définitive, votre numéro SIRET est désactivé par l’INSEE. Il reste visible dans les bases de données publiques (avec la mention « établissement fermé ») mais ne peut plus être utilisé pour facturer ou exercer une activité. En cas de nouvelle création d’entreprise, un nouveau numéro SIRET vous sera attribué. Le numéro SIREN, quant à lui, reste rattaché à votre identité de manière permanente.


La fermeture de l’auto-entreprise déclenche-t-elle un contrôle fiscal ?

La cessation d’activité ne déclenche pas systématiquement un contrôle fiscal. Toutefois, l’administration dispose d’un droit de reprise qui lui permet de vérifier vos déclarations pendant les délais de prescription (3 ans en principe, 6 ans en cas d’activité occulte). C’est pourquoi il est essentiel de conserver tous vos documents comptables pendant au moins 10 ans et de veiller à la cohérence de vos dernières déclarations.


Catherine Leroy
Catherine Leroy

Catherine Leroy est avocate fiscaliste au barreau de Paris, spécialisée en droit fiscal des entreprises et droit des sociétés. Après 20 ans de pratique, elle conseille dirigeants et entrepreneurs sur l'optimisation fiscale, la création et la transmission d'entreprise.