Pacte Dutreil : 5 exemples concrets pour tout comprendre

Dans cet article

  • Le pacte Dutreil permet une exonération de 75 % des droits de donation sur la transmission de parts d’entreprise
  • Un exemple pacte Dutreil chiffré montre une économie pouvant dépasser 150 000 € sur une entreprise valorisée à 1 million d’euros
  • L’engagement collectif de conservation dure au minimum 2 ans, suivi d’un engagement individuel de 4 ans
  • Le dispositif s’applique aux activités industrielles, commerciales, artisanales, agricoles et libérales éligibles
  • La transmission via une société holding interposée reste possible sous conditions strictes depuis la loi de finances 2024
  • Combiné à la donation avant 70 ans, le pacte Dutreil offre un abattement supplémentaire de 50 % sur les droits restants

Chaque année, des milliers de dirigeants français envisagent de transmettre leur entreprise à leurs enfants ou à un repreneur familial. La fiscalité de la transmission représente souvent un obstacle majeur : sans optimisation, les droits de donation peuvent atteindre 45 % de la valeur des parts transmises en ligne directe. C’est précisément pour éviter le démembrement ou la vente forcée d’entreprises viables que le législateur a créé le pacte Dutreil.

En tant qu’avocate fiscaliste, j’accompagne régulièrement des dirigeants dans la mise en place de ce dispositif. Mon constat est sans appel : un exemple pacte Dutreil bien structuré peut réduire la facture fiscale de plus de 80 % lorsqu’il est combiné à d’autres mécanismes. Mais encore faut-il en maîtriser les rouages. Voici cinq cas concrets, directement tirés de situations que je rencontre en cabinet, pour vous permettre de comprendre comment fonctionne réellement ce dispositif.

Comprendre le pacte Dutreil : principes fondamentaux

Le pacte Dutreil, codifié à l’article 787 B du Code général des impôts, est un dispositif fiscal qui permet de bénéficier d’une exonération de 75 % de la valeur des titres transmis lors d’une donation ou d’une succession. Concrètement, seuls 25 % de la valeur de l’entreprise entrent dans l’assiette taxable des droits de mutation.

Pour en bénéficier, trois phases doivent être respectées :

  • L’engagement collectif de conservation : les associés signataires s’engagent à conserver au moins 34 % des droits de vote (17 % pour les sociétés cotées) pendant une durée minimale de 2 ans avant la transmission.
  • L’engagement individuel de conservation : chaque bénéficiaire de la donation s’engage à conserver les titres reçus pendant au moins 4 ans après la fin de l’engagement collectif.
  • L’exercice d’une fonction de direction : l’un des signataires ou bénéficiaires doit exercer une fonction de direction effective dans la société pendant toute la durée de l’engagement collectif et les 3 années suivant la transmission.

Comment faire un pacte Dutreil ? La procédure implique de rédiger un acte formel, enregistré auprès du service des impôts des entreprises (SIE), puis de réaliser la donation par acte notarié en mentionnant expressément le bénéfice du dispositif. Je recommande systématiquement de faire appel à un avocat fiscaliste pour sécuriser chaque étape.

L'accompagnement par un avocat fiscaliste sécurise chaque étape du pacte Dutreil
L’accompagnement par un avocat fiscaliste sécurise chaque étape du pacte Dutreil

Exemple 1 : transmission d’une SARL familiale valorisée à 800 000 €

Prenons le cas de Marc, 62 ans, gérant et associé unique d’une SARL de négoce de matériaux de construction. Il souhaite transmettre l’intégralité de ses parts à sa fille unique, Camille, 34 ans, qui travaille dans l’entreprise depuis 8 ans.

Situation sans pacte Dutreil

La valeur de l’entreprise est estimée à 800 000 €. Après abattement en ligne directe de 100 000 €, l’assiette taxable s’élève à 700 000 €. Les droits de donation, selon le barème progressif, atteignent environ 138 194 €.

Situation avec pacte Dutreil

Grâce à l’exonération de 75 %, seuls 200 000 € entrent dans l’assiette taxable. Après l’abattement de 100 000 €, la base imposable tombe à 100 000 €. Les droits de donation s’élèvent alors à environ 18 194 €. Marc effectuant la donation avant ses 70 ans, un abattement supplémentaire de 50 % s’applique sur les droits restants, ramenant la facture finale à environ 9 097 €.

Élément de calcul Sans pacte Dutreil Avec pacte Dutreil
Valeur des parts transmises 800 000 € 800 000 €
Exonération Dutreil (75 %) 0 € 600 000 €
Base après exonération 800 000 € 200 000 €
Abattement ligne directe 100 000 € 100 000 €
Assiette taxable 700 000 € 100 000 €
Droits de donation bruts 138 194 € 18 194 €
Réduction pour donation avant 70 ans (50 %) Non applicable 9 097 €
Droits nets à payer 138 194 € 9 097 €
Économie réalisée 129 097 €

Cet exemple pacte Dutreil illustre parfaitement l’ampleur de l’avantage fiscal : une économie de près de 93 % sur les droits de donation. Encore faut-il que Camille s’engage à conserver les parts pendant 4 ans et à exercer la gérance de la SARL pendant au moins 3 ans après la transmission.

Exemple 2 : donation via une holding interposée

Le cas d’une société holding interposée est l’un des plus fréquents dans ma pratique. Sophie et Laurent, un couple de dirigeants, détiennent 100 % d’une holding patrimoniale qui possède elle-même 80 % d’une SAS industrielle valorisée à 2 000 000 €.

Ils souhaitent transmettre les titres de la holding à leurs deux enfants. La question se pose : le pacte Dutreil s’applique-t-il lorsque la transmission porte sur des parts d’une holding patrimoniale familiale et non directement sur la société opérationnelle ?

Conditions spécifiques à la société interposée

L’article 787 B du CGI autorise le bénéfice du pacte Dutreil en cas de société interposée unique (un seul niveau d’interposition). La holding doit détenir une participation dans la société opérationnelle, et cette participation doit faire l’objet de l’engagement collectif de conservation. Depuis la loi de finances 2024, les conditions ont été précisées :

  • La holding doit être animatrice de son groupe ou détenir une participation significative dans la société opérationnelle.
  • L’exonération de 75 % ne porte que sur la fraction de la valeur des titres de la holding correspondant à sa participation dans la société opérationnelle éligible.
  • Les activités civiles accessoires (gestion de trésorerie, détention immobilière) ne doivent pas être prépondérantes.

Calcul chiffré

La valeur de la holding est estimée à 1 800 000 € (dont 1 600 000 € correspondant à la participation dans la SAS opérationnelle et 200 000 € d’actifs patrimoniaux). L’exonération Dutreil de 75 % s’applique uniquement sur les 1 600 000 €, soit une exonération de 1 200 000 €. La base taxable pour la donation aux deux enfants s’élève donc à 600 000 € (400 000 € + 200 000 €). Après les abattements en ligne directe (100 000 € par enfant, soit 200 000 €), les droits sont calculés sur 400 000 €, répartis entre les deux donataires.

Ce schéma nécessite une rédaction juridique minutieuse. Je constate trop souvent des pactes Dutreil rédigés de manière approximative sur les sociétés interposées, ce qui expose les familles à un redressement fiscal.

La donation-partage avec pacte Dutreil permet de transmettre équitablement entre plusieurs enfants
La donation-partage avec pacte Dutreil permet de transmettre équitablement entre plusieurs enfants

Exemple 3 : pacte Dutreil sur une entreprise individuelle

Le pacte Dutreil ne concerne pas uniquement les sociétés. L’article 787 C du CGI prévoit un dispositif analogue pour les entreprises individuelles. Prenons le cas de François, artisan boulanger de 58 ans, qui souhaite transmettre son fonds de commerce à son fils Julien.

Les données du dossier

  • Valeur du fonds de commerce (clientèle, matériel, droit au bail) : 350 000 €
  • François exploite le fonds depuis plus de 2 ans
  • Julien, 28 ans, s’engage à poursuivre l’exploitation pendant au moins 4 ans

Application du dispositif

Contrairement au pacte Dutreil sociétaire, il n’est pas nécessaire de signer un engagement collectif préalable pour une entreprise individuelle. L’exonération de 75 % s’applique directement si le donateur a exploité l’entreprise depuis au moins 2 ans et si le donataire s’engage à poursuivre l’exploitation pendant 4 ans minimum.

Sur une base de 350 000 €, l’exonération de 75 % ramène l’assiette à 87 500 €. Après abattement de 100 000 € en ligne directe, aucun droit de donation n’est dû. La transmission est fiscalement neutre, à condition que Julien respecte son engagement d’exploitation.

C’est un cas de figure que je recommande particulièrement aux artisans, commerçants et professions libérales qui envisagent une transmission familiale. Le plan d’épargne entreprise peut par ailleurs compléter utilement cette stratégie patrimoniale.

Exemple 4 : transmission après 70 ans, quelles conséquences ?

La question du pacte Dutreil après 70 ans revient très régulièrement dans mes consultations. Beaucoup de dirigeants croient, à tort, que la transmission perd tout intérêt fiscal passé cet âge. La réalité est plus nuancée.

Le cas de Gérard, 73 ans

Gérard détient 60 % d’une SAS de conseil en ingénierie valorisée à 1 200 000 €. Il souhaite donner ses parts à ses deux filles. Le pacte Dutreil est en place depuis 3 ans (engagement collectif déjà réalisé).

Ce qui change après 70 ans

L’exonération de 75 % du pacte Dutreil reste pleinement applicable, quel que soit l’âge du donateur. En revanche, la réduction de 50 % sur les droits de donation prévue par l’article 790 du CGI n’est plus disponible après 70 ans. Cette réduction concerne uniquement les donations en pleine propriété consenties avant le 70e anniversaire du donateur.

Critère Donation avant 70 ans Donation après 70 ans
Exonération Dutreil (75 %) Oui Oui
Abattement ligne directe (100 000 €/enfant) Oui Oui
Réduction de 50 % sur les droits Oui Non
Droits nets sur 1 200 000 € (2 enfants) Environ 3 194 € Environ 6 388 €

L’écart reste significatif, mais même après 70 ans, le pacte Dutreil réduit considérablement la facture fiscale. Gérard paiera environ 6 388 € de droits au lieu de plus de 178 000 € sans le dispositif. Mon conseil : n’attendez pas, mais sachez que le dispositif conserve un intérêt majeur même au-delà de 70 ans.

Pour les dirigeants qui hésitent encore, je rappelle que les droits de plus-values sur cession de parts sociales peuvent s’avérer encore plus lourds en cas de vente à un tiers.

Exemple 5 : donation-partage d’une SAS entre trois enfants

Le dernier exemple pacte Dutreil que je souhaite vous présenter concerne un cas fréquent de donation-partage. Nathalie, 64 ans, présidente d’une SAS de distribution alimentaire, souhaite répartir ses parts entre ses trois enfants de manière égalitaire.

Configuration patrimoniale

  • Valeur de la SAS : 1 500 000 €
  • Nathalie détient 100 % des parts
  • Chaque enfant recevra un tiers, soit 500 000 € de parts
  • Seul l’aîné, Thomas, travaille dans l’entreprise et en assurera la présidence

Structuration de la donation

L’engagement collectif porte sur l’intégralité des parts. Chacun des trois enfants souscrit un engagement individuel de conservation de 4 ans. Thomas exerce la fonction de direction requise. La donation-partage présente l’avantage de figer la valeur des parts au jour de la donation, évitant ainsi les conflits ultérieurs entre héritiers lors du règlement de la succession.

Résultat fiscal par enfant

Pour chaque enfant : 500 000 € × 25 % (après exonération) = 125 000 €. Après abattement de 100 000 €, la base taxable par enfant est de 25 000 €, soit des droits d’environ 3 194 € par donataire. Avec la réduction de 50 % (donation avant 70 ans), chaque enfant paie environ 1 597 €. Pour l’ensemble de la fratrie, le coût total de la transmission s’élève à 4 791 € au lieu de plus de 250 000 € sans optimisation.

J’attire votre attention sur un point crucial : si l’un des enfants revend ses parts avant l’expiration du délai de 4 ans, l’ensemble du dispositif peut être remis en cause, y compris pour les autres donataires. La rédaction de l’acte doit donc prévoir des clauses de sauvegarde. La fiscalité de la cession de parts mérite une analyse approfondie en amont.

Les entreprises individuelles comme les boulangeries sont éligibles au pacte Dutreil via l'article 787 C du CGI
Les entreprises individuelles comme les boulangeries sont éligibles au pacte Dutreil via l’article 787 C du CGI

Comment calculer le pacte Dutreil : méthode pas à pas

Comment calculer le pacte Dutreil de manière fiable ? Voici la méthode que j’utilise systématiquement en cabinet :

  1. Évaluer la valeur des titres : faites réaliser une évaluation par un expert (méthode DCF, multiple d’EBITDA, actif net réévalué). L’administration fiscale conteste fréquemment les valorisations insuffisamment documentées.
  2. Appliquer l’exonération de 75 % : multiplier la valeur des titres éligibles par 0,25 pour obtenir la base taxable.
  3. Déduire les abattements applicables : abattement de 100 000 € par enfant en ligne directe (renouvelable tous les 15 ans), ou 31 865 € pour les petits-enfants.
  4. Appliquer le barème des droits de donation : le barème progressif en ligne directe va de 5 % (jusqu’à 8 072 €) à 45 % (au-delà de 1 805 677 €).
  5. Appliquer la réduction pour âge : 50 % si le donateur a moins de 70 ans au jour de la donation en pleine propriété.

Quels sont les articles du pacte Dutreil ? Le dispositif repose principalement sur les articles 787 B (sociétés) et 787 C (entreprises individuelles) du Code général des impôts, complétés par l’article 790 pour la réduction liée à l’âge du donateur. La doctrine administrative (BOFiP-Impôts ENR-DMTG-10-20-40) précise les modalités d’application.

Pour les transmissions complexes impliquant des déclarations fiscales spécifiques, l’accompagnement par un professionnel reste indispensable.

Activités éligibles et conditions à respecter

Quelle activité est éligible au pacte Dutreil ? Cette question est déterminante car toutes les entreprises ne peuvent pas bénéficier du dispositif. Le pacte Dutreil est réservé aux sociétés exerçant une activité :

  • Industrielle : fabrication, production, transformation
  • Commerciale : négoce, distribution, e-commerce
  • Artisanale : métiers manuels et de service artisanal
  • Agricole : exploitation agricole, viticulture
  • Libérale : cabinets d’avocats, de médecins, d’architectes (depuis la loi de finances 2019)

En revanche, les sociétés à activité purement civile (gestion de patrimoine immobilier, SCI de location nue) sont exclues du dispositif. Une société mixte reste éligible si l’activité opérationnelle est prépondérante (plus de 50 % du chiffre d’affaires ou de l’actif brut).

Points de vigilance majeurs

J’insiste auprès de mes clients sur plusieurs conditions souvent négligées :

  • L’engagement collectif doit être en cours au jour de la donation (ou réputé acquis si un associé détient les seuils requis depuis plus de 2 ans).
  • La fonction de direction doit être effective et rémunérée : un simple mandat social honorifique ne suffit pas.
  • Les attestations annuelles de respect des engagements doivent être adressées à l’administration fiscale.
  • En cas de donation en démembrement de propriété, l’engagement individuel doit être souscrit par le nu-propriétaire.

Les conséquences d’une rupture d’engagement sont sévères : rappel intégral des droits exonérés, majorés des intérêts de retard. Une situation que j’ai malheureusement vue se produire lors de cessions de parts sociales précipitées.

Erreurs fréquentes et conseils d’avocat fiscaliste

Après plus de quinze ans de pratique en droit fiscal de la transmission d’entreprise, voici les erreurs que je rencontre le plus souvent :

Erreur n°1 : ne pas anticiper suffisamment. L’engagement collectif de conservation doit avoir été signé et être en cours depuis au moins 2 ans au jour de la donation. Trop de dirigeants me consultent quelques semaines avant la date souhaitée de transmission, ce qui les oblige à différer leur projet.

Erreur n°2 : sous-estimer la condition de direction. L’un des signataires ou donataires doit exercer une fonction de direction effective (gérant, président, directeur général). Un simple poste de salarié, même cadre supérieur, ne satisfait pas cette exigence.

Erreur n°3 : oublier les attestations annuelles. L’administration exige des attestations certifiant le respect des engagements au 31 décembre de chaque année. Leur absence peut entraîner la remise en cause du dispositif lors d’un contrôle.

Erreur n°4 : confondre exonération et absence totale de fiscalité. Le pacte Dutreil exonère 75 % de la base, mais les 25 % restants sont soumis aux droits de mutation. Il faut budgéter les droits résiduels et, le cas échéant, prévoir leur paiement différé et fractionné (sur 15 ans en cas de transmission d’entreprise).

Erreur n°5 : négliger l’évaluation des titres. L’administration fiscale dispose d’un droit de contrôle sur la valeur déclarée. Une évaluation trop basse expose à un redressement sur la base de la valeur vénale réelle. À l’inverse, une surévaluation augmente inutilement les droits. Le recours à un avocat fiscaliste et à un expert-comptable pour établir une évaluation documentée est vivement recommandé.

Si vous êtes dirigeant en région, un avocat fiscaliste à Bordeaux ou un avocat fiscaliste à Toulouse pourra vous accompagner dans cette démarche.

À retenir

  • Anticipez votre pacte Dutreil au moins 2 ans avant la date de transmission envisagée
  • Réalisez la donation avant vos 70 ans pour bénéficier de la réduction de 50 % sur les droits
  • Faites évaluer vos titres par un professionnel indépendant pour sécuriser la valeur déclarée
  • Vérifiez que l’activité de votre société est bien éligible (opérationnelle et non purement patrimoniale)
  • Adressez chaque année les attestations de conservation à l’administration fiscale sans exception

Questions fréquentes


Comment faire un pacte Dutreil ?

Le pacte Dutreil se met en place en trois étapes : d’abord, les associés concernés signent un engagement collectif de conservation des titres (minimum 2 ans) portant sur au moins 34 % des droits de vote. Cet engagement est enregistré auprès du service des impôts. Ensuite, la donation est réalisée par acte notarié, avec mention du bénéfice de l’article 787 B du CGI. Enfin, chaque donataire souscrit un engagement individuel de conservation de 4 ans et l’un d’entre eux doit exercer une fonction de direction. L’accompagnement par un avocat fiscaliste est fortement recommandé pour sécuriser le dispositif.


Quels sont les articles du pacte Dutreil ?

Le pacte Dutreil repose sur deux articles principaux du Code général des impôts : l’article 787 B pour les transmissions de parts de sociétés et l’article 787 C pour les transmissions d’entreprises individuelles. L’article 790 du CGI prévoit la réduction de 50 % des droits pour les donations en pleine propriété consenties avant les 70 ans du donateur. La doctrine administrative (BOFiP) précise les modalités pratiques d’application.


Comment calculer le pacte Dutreil ?

Le calcul suit cinq étapes : évaluer la valeur des titres, appliquer l’exonération de 75 % (ne retenir que 25 % de la valeur), déduire les abattements (100 000 € par enfant en ligne directe), appliquer le barème progressif des droits de donation (de 5 % à 45 %), puis appliquer la réduction de 50 % si le donateur a moins de 70 ans. Par exemple, pour une entreprise de 800 000 € transmise à un enfant avant 70 ans, les droits passent de 138 194 € à environ 9 097 €.


Quelle activité est éligible au pacte Dutreil ?

Sont éligibles les activités industrielles, commerciales, artisanales, agricoles et libérales. Les sociétés purement civiles (SCI de gestion immobilière, sociétés patrimoniales sans activité opérationnelle) sont exclues. Pour les sociétés mixtes, l’activité opérationnelle doit être prépondérante, c’est-à-dire représenter plus de 50 % du chiffre d’affaires ou de l’actif brut immobilisé.


Le pacte Dutreil est-il encore intéressant après 70 ans ?

Oui, le pacte Dutreil conserve un intérêt fiscal majeur après 70 ans. L’exonération de 75 % reste pleinement applicable quel que soit l’âge du donateur. Seule la réduction de 50 % sur les droits de donation (article 790 du CGI) n’est plus disponible. Dans l’exemple d’une entreprise de 1 200 000 € transmise à deux enfants, les droits passent d’environ 178 000 € sans Dutreil à 6 388 € avec le dispositif, même après 70 ans.


Peut-on appliquer le pacte Dutreil via une holding ?

Oui, le pacte Dutreil est applicable en cas de société interposée, à condition de respecter un seul niveau d’interposition. La holding doit être animatrice de son groupe ou détenir une participation significative dans la société opérationnelle éligible. L’exonération de 75 % ne porte que sur la fraction de la valeur des titres de la holding correspondant à sa participation dans la société opérationnelle, à l’exclusion des actifs patrimoniaux.


Que se passe-t-il en cas de rupture du pacte Dutreil ?

La rupture de l’engagement de conservation (vente des parts avant l’expiration du délai de 4 ans, cessation de la fonction de direction, changement d’activité de la société) entraîne la déchéance du régime de faveur. L’intégralité des droits de mutation exonérés est alors rappelée par l’administration fiscale, majorée des intérêts de retard (0,20 % par mois). Certaines exceptions existent, notamment en cas d’apport à une société holding sous conditions ou de fusion-absorption.


Catherine Leroy
Catherine Leroy

Catherine Leroy est avocate fiscaliste au barreau de Paris, spécialisée en droit fiscal des entreprises et droit des sociétés. Après 20 ans de pratique, elle conseille dirigeants et entrepreneurs sur l'optimisation fiscale, la création et la transmission d'entreprise.