Points essentiels de cet article
- Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités d’immatriculation passent par le guichet unique de l’INPI (formalites.entreprises.gouv.fr), qui remplacé les anciens CFE
- Le coût d’immatriculation au RCS varie selon la forme juridique : 37,45 EUR pour une société commerciale (greffe), auxquels s’ajoutent les frais de publication d’annonce légale (144 à 193 EUR)
- Le délai moyen d’obtention du Kbis est de 3 à 7 jours ouvrés après dépôt complet du dossier
- L’immatriculation génère automatiquement l’attribution d’un numéro SIREN (9 chiffres), d’un numéro SIRET (14 chiffres) et d’un code APE/NAF
Sommaire
L’immatriculation au RCS (Registre du Commerce et des Sociétés) constitue l’acte fondateur de toute société commerciale. Sans cette formalité, la société n’a pas de personnalité juridique et ne peut ni contracter, ni facturer, ni ouvrir de compte bancaire professionnel. Depuis la réforme du 1er janvier 2023, la procédure est entièrement dématérialisée via le guichet unique de l’INPI. Ce guide détaille chaque étape, du choix de la forme juridique à l’obtention du Kbis, en passant par les pièces justificatives et les coûts à prévoir.

Le guichet unique INPI : nouvelle procédure depuis 2023
Le décret n°2022-1014 du 19 juillet 2022, pris en application de la loi PACTE du 22 mai 2019 (article 1er), a instauré le guichet unique électronique géré par l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI). Ce guichet remplacé définitivement les sept réseaux de Centres de Formalités des Entreprises (CFE) qui existaient auparavant : CCI, CMA, URSSAF, greffes des tribunaux de commerce, chambres d’agriculture, greffes des tribunaux judiciaires et services des impôts.
Toute création d’entreprise passé désormais par la plateforme formalites.entreprises.gouv.fr. Le guichet unique centralise les déclarations destinées à tous les organismes concernés : greffe du tribunal de commerce, INSEE, administration fiscale, organismes de sécurité sociale. Le déclarant remplit un formulaire unique, joint les pièces justificatives dématérialisées, et le guichet transmet automatiquement les informations à chaque organisme.
Le système repose sur le Registre National des Entreprises (RNE), créé par l’ordonnance n°2021-1189 du 15 septembre 2021. Le RNE centralise toutes les informations relatives aux entreprises, quels que soient leur forme et leur secteur d’activité. Le RCS, le Répertoire des Métiers et le registre des actifs agricoles sont désormais intégrés au RNE.
Transition numérique
Depuis le 1er janvier 2023, il n’est plus possible de déposer un dossier papier auprès d’un CFE ou directement au greffe du tribunal de commerce. La procédure est exclusivement dématérialisée. Les greffes restent compétents pour le traitement des dossiers, mais la réception se fait uniquement via le guichet unique.
Conditions préalables à l’immatriculation
Avant de déposer le dossier sur le guichet unique, plusieurs conditions doivent être réunies. Leur absence entraîne systématiquement un rejet du dossier par le greffe.
1. Rédaction des statuts. Les statuts de la société doivent être rédigés et signés par tous les associés fondateurs. Ils doivent contenir les mentions obligatoires prévues par le Code de commerce (articles L.210-2 et R.210-1) : dénomination sociale, forme juridique, siège social, objet social, durée, montant du capital, apports de chaque associé, répartition des parts ou actions.
2. Dépôt du capital social. Le capital social doit être déposé auprès d’un dépositaire habilité : banque, notaire, ou Caisse des dépôts et consignations. Le dépositaire délivre une attestation de dépôt des fonds qui sera jointe au dossier. Pour une SAS, au moins 50% du capital en numéraire doit être libéré à la constitution (article L.227-1 du Code de commerce). Pour une SARL, au moins 20% (article L.223-7).
3. Publication d’une annonce légale. Une annonce de constitution doit être publiée dans un journal d’annonces légales (JAL) du département du siège social. L’annonce doit mentionner : forme juridique, dénomination, siège social, objet, durée, capital, nom du gérant ou président, RCS d’immatriculation. L’attestation de parution est jointe au dossier.
4. Déclaration des bénéficiaires effectifs. Depuis la loi Sapin II du 9 décembre 2016, toute société doit déclarer ses bénéficiaires effectifs lors de l’immatriculation. Sont concernées les personnes physiques détenant, directement ou indirectement, plus de 25% du capital ou des droits de vote, ou exerçant un contrôle effectif sur la société (article L.561-2-2 du Code monétaire et financier).
Documents requis pour le dossier
Le dossier d’immatriculation comporte des pièces relatives à la société et des pièces relatives aux dirigeants. Tout document manquant entraîne une demande de complément et retarde l’inscription.
| Pièce justificative | Détail | Forme requise |
|---|---|---|
| Statuts signés | Exemplaire original ou copie certifiée conforme | PDF, daté et signé |
| Attestation de dépôt du capital | Délivrée par la banque où le notaire | Original ou copie |
| Attestation de parution (JAL) | Annonce de constitution dans un JAL habilité | Attestation du journal |
| Justificatif de siège social | Bail commercial, attestation de domiciliation, titre de propriété | Copie du bail ou contrat |
| Pièce d’identité des dirigeants | CNI ou passeport en cours de validité | Copie recto-verso |
| Déclaration de non-condamnation | Attestation sur l’honneur de chaque dirigeant | Formulaire type signé |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | Formulaire M’BE intégré au guichet unique | Dématérialisée |
| Acte de nomination (si hors statuts) | PV d’assemblée ou décision de l’associé unique | Copie certifiée |
Pour les dirigeants de nationalité étrangère hors UE, une copie du titre de séjour autorisant l’exercice d’une activité commerciale est également requise. Les documents en langue étrangère doivent être accompagnés d’une traduction assermentée.

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Procédure étape par étape
La procédure d’immatriculation au RCS via le guichet unique se décompose en six étapes successives.
Étape 1 : Créer un compte sur le guichet unique. Rendez-vous sur formalites.entreprises.gouv.fr et créez un compte personnel (ou connectez-vous via FranceConnect). L’identification du déclarant est obligatoire. Un mandataire (avocat, expert-comptable) peut effectuer la formalité pour le compte du créateur.
Étape 2 : Sélectionner la formalité. Choisissez « Création d’entreprise » puis la forme juridique concernée (SAS, SARL, EURL, SASU, SCI, SA, SNC). Le formulaire s’adapté automatiquement aux spécificités de chaque forme.
Étape 3 : Remplir le formulaire en ligne. Saisissez les informations requises : dénomination sociale, forme juridique, adresse du siège, objet social (code APE souhaité), durée de la société, date de clôture de l’exercice social, montant du capital, identité des dirigeants et associés, options fiscales (IS/IR, TVA).
Étape 4 : Joindre les pièces justificatives. Téléversez l’ensemble des documents listés ci-dessus au format PDF. Le guichet unique vérifie automatiquement la complétude du dossier et signale les pièces manquantes.
Étape 5 : Régler les frais. Le paiement s’effectue en ligne par carte bancaire. Le montant couvre les frais de greffe et les éventuels frais annexes (déclaration des bénéficiaires effectifs : 21,41 EUR).
Étape 6 : Validation et transmission. Le guichet unique transmet le dossier au greffe du tribunal de commerce compétent. Le greffier vérifie la conformité des pièces. En cas de dossier complet, l’immatriculation est prononcée sous 3 à 7 jours ouvrés. En cas d’irrégularité, une demande de complément est adressée au déclarant (délai de régularisation : 15 jours).
Délai de réponse du greffe
L’article R.123-138 du Code de commerce imposé au greffier de statuer dans un délai d’un jour ouvrable à compter de la réception du dossier complet. En pratique, les délais varient selon les greffes (Paris et Lyon sont particulièrement chargés). Si le greffe ne répond pas sous 15 jours, l’immatriculation est réputée acquise (article R.123-138 alinéa 2).
Coûts et frais d’immatriculation
Les frais d’immatriculation varient selon la forme juridique et le type d’activité. Voici le détail actualisé pour 2026 :
| Poste de dépense | Montant 2026 | Observations |
|---|---|---|
| Frais de greffe (société commerciale) | 37,45 EUR | Tarif fixe réglementé (art. A.743-8 C. com.) |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | 21,41 EUR | Obligatoire pour toute société |
| Annonce légale (SARL/EURL) | 144 EUR | Tarif forfaitaire fixé par arrêté |
| Annonce légale (SAS/SASU) | 193 EUR | Tarif forfaitaire fixé par arrêté |
| Rédaction des statuts (avocat) | 500 à 2 500 EUR HT | Selon complexité et forme juridique |
| Rédaction des statuts (plateforme) | 0 à 150 EUR HT | Statuts standardisés, peu personnalisés |
| Dépôt du capital (banque) | 0 à 100 EUR | Gratuit chez certaines néobanques |
Au total, le coût minimum d’immatriculation d’une SARL est d’environ 203 EUR (greffe + annonce légale + bénéficiaires effectifs), hors rédaction des statuts. Pour une SAS, comptez environ 252 EUR minimum. Ces montants n’incluent pas les honoraires d’un avocat pour la rédaction des statuts, fortement recommandée pour sécuriser les rapports entre associés.
Le Kbis : carte d’identité de l’entreprise
L’extrait Kbis est le document officiel attestant de l’existence juridique d’une société commerciale. Il est délivré par le greffe du tribunal de commerce lors de l’immatriculation et peut être demandé à tout moment par la suite.
Le Kbis contient les informations suivantes : dénomination sociale, numéro SIREN, code APE, forme juridique, montant du capital social, adresse du siège, durée de la société, date de constitution, activité principale, identité des dirigeants (nom, prénom, date de naissance, nationalité, adresse), référence aux procédures collectives éventuelles (redressement, liquidation).
Le Kbis est demandé systématiquement par les banques (ouverture de compte professionnel), les fournisseurs (ouverture de compte fournisseur), les administrations (demandes de subventions, marchés publics), et les partenaires commerciaux. Les organismes demandent généralement un Kbis de moins de 3 mois, même si aucun texte ne fixe de durée de validité légale.
Depuis 2019, le service MonIdenum permet aux dirigeants d’obtenir gratuitement un extrait Kbis numérique. Pour les tiers, l’extrait est disponible sur Infogreffe au tarif de 3,37 EUR (téléchargement) ou 4,03 EUR (envoi postal).
SIREN, SIRET et code APE
L’immatriculation au RCS déclenche automatiquement l’inscription au répertoire SIRENE de l’INSEE. Trois identifiants sont attribués :
Le numéro SIREN (Système d’Identification du Répertoire des Entreprises) est un identifiant unique à 9 chiffres attribué à chaque unité légale. Il est invariable pendant toute la durée de vie de l’entreprise, quel que soit le changement d’adresse ou d’activité.
Le numéro SIRET (Système d’Identification du Répertoire des Établissements) est composé de 14 chiffres : le SIREN (9 chiffres) + le NIC (Numéro Interne de Classement, 5 chiffres). Chaque établissement reçoit un SIRET propre. Une entreprise multi-sites possède donc plusieurs SIRET mais un seul SIREN.
Le code APE/NAF (Activité Principale Exercée) est un code à 4 chiffres + 1 lettre attribué par l’INSEE en fonction de l’activité principale déclarée. Il détermine notamment la convention collective applicable. Si le code attribué ne correspond pas à l’activité réelle, il est possible de demander une modification auprès de l’INSEE via le guichet unique.
Numéro de TVA intracommunautaire
En plus du SIREN/SIRET, l’administration fiscale attribue un numéro de TVA intracommunautaire composé du code FR + une clé informatique de 2 chiffres + le SIREN. Ce numéro est indispensable pour les échanges intracommunautaires de biens et services. Il est attribué automatiquement aux entreprises soumises à la TVA. Les micro-entreprises bénéficiant de la franchise en base (article 293 B du CGI) n’en disposent pas, sauf demande expresse auprès du service des impôts des entreprises.
Erreurs fréquentes et refus de dossier
Le taux de rejet en première instance reste significatif, particulièrement pour les dossiers déposés sans accompagnement professionnel. Les greffes refusent fréquemment les dossiers pour les motifs suivants :
Objet social trop vague. Un objet social rédigé en termes trop généraux (« toutes activités commerciales ») est systématiquement refusé. L’objet doit décrire précisément les activités exercées, tout en étant suffisamment large pour couvrir les évolutions futures.
Justificatif de siège insuffisant. Le justificatif doit être cohérent avec la nature de l’activité. Une domiciliation en pépinière d’entreprises nécessite un contrat conforme aux articles L.123-11-2 et suivants du Code de commerce. La domiciliation au domicile du dirigeant est possible (article L.123-11-1) mais limitée à 5 ans si le bail où le règlement de copropriété interdit l’exercice d’une activité commerciale.
Déclaration de non-condamnation incomplète. Chaque dirigeant doit attester sur l’honneur ne pas faire l’objet d’une condamnation ou sanction emportant interdiction de gérer (article L.128-1 du Code de commerce). L’absence de cette déclaration entraîne un rejet.
Capital non libéré au minimum légal. Le dépôt des fonds doit correspondre au minimum légal : 50% pour une SAS (article L.227-1), 20% pour une SARL (article L.223-7). L’attestation bancaire doit mentionner explicitement le montant déposé.
Délai de régularisation
En cas de demande de complément, le déclarant dispose de 15 jours ouvrés pour régulariser (article R.123-139 du Code de commerce). Passé ce délai, le dossier est classé sans suite et la procédure doit être reprise depuis le début, y compris une nouvelle annonce légale si la précédente est périmée.
Pour sécuriser la procédure, il est recommandé de confier la rédaction des statuts et le dépôt du dossier à un professionnel du droit. Un avocat en droit des sociétés vérifie la conformité de chaque pièce avant soumission et peut échanger directement avec le greffier en cas de difficulté.
Combien de temps faut-il pour immatriculer une société au RCS ?
Peut-on immatriculer une entreprise sans avocat ?
Quel est le coût total minimum pour créer une SARL ?
Que se passé-t-il si le greffe rejette le dossier ?
L’immatriculation au RCS est-elle obligatoire pour tous les types de sociétés ?
Maître Claire Beaumont
Avocate fiscaliste, 12 ans d'expérience. Ancienne collaboratrice de grands cabinets parisiens, installée à Lyon. Spécialiste en droit fiscal des entreprises, droit des sociétés et transmission.