Rédaction des statuts : les clauses indispensables (guide 2026)

Points essentiels de cet article

  • Les statuts sont l’acte fondateur de la société : ils définissent les règles de fonctionnement, la répartition du capital, les pouvoirs du dirigeant et les conditions de cession des titres
  • En SARL, les statuts sont largement encadrés par la loi (articles L. 223-1 à L. 223-43 du Code de commerce). En SAS, la liberté est quasi totale (article L. 227-5)
  • Douze mentions obligatoires sont imposées par la loi : forme juridique, objet social, siège, capital, durée, apports, répartition des parts, direction, majorités, exercice social, comptes, dissolution
  • Le coût de rédaction varie de 0 EUR (modèle en ligne, risqué) à 2 000 EUR (avocat spécialisé, recommandé dès qu’il y a plusieurs associés)


12 Mentions obligatoires

99 ans Durée maximale

0-2 000 € Coût rédaction

2/3 Majorité modification SARL

La rédaction des statuts est la première décision juridique que vous prenez en tant qu’entrepreneur. Bien rédigés, les statuts protègent vos intérêts, préviennent les conflits et facilitent l’évolution de la société. Mal rédigés, ils créent des blocages, des contentieux et des coûts de modification évitables. Ce guide détaille les mentions obligatoires, les clauses recommandées et les erreurs à ne pas commettre.

Avocat et entrepreneur rédaction statuts société
La rédaction des statuts par un avocat sécurisé le fonctionnement de la société des sa création.

Le rôle des statuts dans la vie de la société

Les statuts sont le contrat fondateur de la société. Ils s’imposent à tous les associés, au dirigeant et à la société elle-même. Leur violation peut entraîner la nullité de l’acte contraire (contrairement au pacte d’associés dont la violation ne donne lieu qu’à des dommages et intérêts).

Les statuts sont publics : déposés au greffe du tribunal de commerce, ils sont accessibles à tout tiers (fournisseurs, banques, concurrents). C’est pourquoi les clauses sensibles (valorisation, non-concurrence, répartition des pouvoirs) sont généralement réservées au pacte d’associés, confidentiel.

La modification des statuts nécessite une assemblée générale extraordinaire (AGE) avec des majorités renforcées : 2/3 des voix en SARL, conditions librement fixées en SAS. Le coût d’une modification (publication JAL + greffe + avocat) se situé entre 500 et 1 500 EUR. Pour en savoir plus sur la création d’entreprise, consultez notre guide.

Les douze mentions obligatoires

# Mention Détail
1 Forme juridique SAS, SARL, SASU, EURL, SA, SCI, etc.
2 Dénomination sociale Nom de la société suivi de la forme (« … SAS »)
3 Objet social Description de l’activité exercée
4 Siège social Adresse complète
5 Durée Maximum 99 ans, prorogeable
6 Capital social Montant, nature des apports (numéraire/nature)
7 Apports de chaque associé Détail par associé : montant, nature, évaluation
8 Répartition des parts/actions Nombre de titres attribués à chaque associé
9 Direction Modalités de nomination, pouvoirs, révocation du dirigeant
10 Décisions collectives Conditions de quorum et de majorité pour chaque type de décision
11 Exercice social Dates d’ouverture et de clôture
12 Dissolution et liquidation Modalités de dissolution et répartition du boni

Clauses recommandées selon la forme juridique

En SAS (liberté statutaire maximale)

La SAS offre une liberté quasi totale dans la rédaction des statuts. Les clauses recommandées :

  • Clause d’agrément : soumettre toute cession d’actions à l’accord préalable des associés
  • Clause d’exclusion : prévoir les motifs et la procédure pour exclure un associé
  • Clause de variabilité du capital : permettre des entrées/sorties sans modifier les statuts
  • Clause de droit de veto : accorder à certains associés un veto sur les décisions stratégiques
  • Catégories d’actions : actions de préférence avec droits particuliers (dividende prioritaire, etc.)

En SARL (cadre légal impératif)

En SARL, la liberté statutaire est plus limitée. Les clauses possibles :

  • Aménagement de l’agrément : conditions de majorité différentes selon le cessionnaire (associé vs tiers)
  • Clause de préemption : droit de premier refus pour les associés
  • Répartition inégale des bénéfices : possible sauf clause léonine (article 1844-1 du Code civil)
  • Co-gérance : désignation de plusieurs gérants avec répartition des pouvoirs
Signature statuts société création entreprise
Les statuts signes sont deposes au greffe et deviennent opposables à tous les associes et aux tiers.

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L’objet social : comment le rédiger correctement

L’objet social définit les activités que la société est autorisée à exercer. Il conditionne l’inscription au registre du commerce, le code APE et les obligations réglementaires.

Règle d’or : rédigez large. Un objet social trop restrictif oblige à modifier les statuts (et à payer les frais) dès que l’activité évolue. La formule type :

Formule type d'objet social


« La société a pour objet, en France et à l’étranger : [description de l’activité principale] ; et plus généralement, toutes opérations industrielles, commerciales, financières, civiles, mobilières ou immobilières, pouvant se rattacher directement ou indirectement à l’objet social ou à tout objet similaire ou connexe. »

Attention : certaines activités réglementées (banque, assurance, médecine, pharmacie) imposent un objet social spécifique encadré par la réglementation sectorielle.

Clauses de gouvernance et de majorité

Les statuts doivent préciser les règles de prise de décision au sein de la société :

Type de décision SARL (imposé par la loi) SAS (libre)
Approbation des comptes Majorité simple (>50%) À définir dans les statuts
Modification des statuts 2/3 des voix À définir
Augmentation des engagements Unanimité À définir
Augmentation de capital 2/3 des voix À définir
Nomination/révocation dirigeant Majorité > 50% À définir
Dissolution 2/3 des voix À définir

En SAS, la liberté est complète mais elle oblige à tout prévoir dans les statuts. Un oubli (par exemple, ne pas préciser la majorité pour nommer un nouveau président) peut créer un blocage total. Comparez les formes avec notre comparateur de statuts.

Clauses de cession et d’agrément

En SARL, la cession de parts à un tiers est soumise à l’agrément obligatoire des associés (article L. 223-14 du Code de commerce). Les statuts peuvent aménager les conditions (majorité requise, délai, droit de préemption) mais pas supprimer l’agrément pour les cessions à des tiers.

En SAS, la cession d’actions est libre par défaut. Les statuts peuvent (et doivent) introduire une clause d’agrément pour contrôler l’entrée de tiers. Sans cette clause, n’importe quel actionnaire peut vendre ses actions à qui il veut.

Pour les implications fiscales de la cession, consultez notre article sur la cession de parts sociales. Source : article L. 223-14 du Code de commerce.

Les sept erreurs de rédaction les plus fréquentes

1. Utiliser un modèle générique sans l’adapter. Les modèles en ligne sont des bases de départ, pas des statuts finis. Chaque société a ses spécificités (nombre d’associés, répartition du capital, activité) qui nécessitent une adaptation.

2. Rédiger un objet social trop étroit. Un objet social limité à « vente de chaussures en ligne » oblige à modifier les statuts si vous ajoutez des vêtements. Prévoyez large.

3. Ne pas prévoir de clause d’agrément en SAS. Sans cette clause, les actions sont librement cessibles. Tout actionnaire peut vendre à un concurrent ou à un tiers indésirable.

4. Fixer des majorités inadaptées. Prévoir l’unanimité pour toute décision (sauf augmentation des engagements) est paralysant. Un seul associé récalcitrant bloque tout.

5. Oublier la clause d’exclusion. Sans clause d’exclusion dans les statuts, il est impossible de forcer le départ d’un associé même fautif. En savoir plus sur les conflits entre associés.

6. Ne pas prévoir le décès ou l’incapacité d’un associé. En l’absence de clause, les héritiers deviennent automatiquement associés. Une clause d’agrément des héritiers ou de rachat obligatoire est essentielle.

7. Négliger le premier exercice social. Le premier exercice peut durer jusqu’à 24 mois (si la clôture est fixée au 31 décembre et la création intervient en janvier). Ou seulement 1 mois si la création est en novembre. Anticipez ce choix pour optimiser le taux réduit d’IS. Utilisez notre simulateur IS.

À retenir


Les statuts sont le socle juridique de votre société. Investissez dans une rédaction professionnelle (800 à 2 000 EUR chez un avocat) plutôt que de multiplier les modifications ultérieures (500 à 1 500 EUR par modification). Prévoyez large (objet social, durée), précis (majorités, pouvoirs, cession) et complétez par un pacte d’associés pour les clauses confidentielles.

Peut-on modifier les statuts après la création ?
Oui, les statuts peuvent être modifiés à tout moment par décision de l’AGE. En SARL, la majorité requise est de 2/3 des voix. En SAS, les conditions sont fixées par les statuts eux-mêmes. Le coût d’une modification (avocat + publication JAL + greffe) se situé entre 500 et 1 500 EUR.

Faut-il un avocat pour rédiger les statuts ?
L’avocat n’est pas obligatoire mais fortement recommandé dès qu’il y a plusieurs associés. Un modèle en ligne convient pour une SASU ou EURL avec un seul associé et une activité simple. Pour une SAS ou SARL à plusieurs associés, l’investissement de 800 à 2 000 EUR dans une rédaction professionnelle évite des problèmes bien plus coûteux.

Quelle durée prévoir dans les statuts ?
La durée maximale est de 99 ans. C’est la durée standard retenue par la quasi-totalité des sociétés. Une durée inférieure (10, 20 ans) n’a d’intérêt que pour les sociétés de projet (SCI de construction-vente). À l’expiration de la durée, les associés peuvent voter la prorogation en AGE.

Les statuts de SAS et de SARL sont-ils différents ?
Oui, fondamentalement. En SARL, les statuts sont encadrés par la loi : les majorités, l’agrément et les règles de gouvernance sont largement fixés par le Code de commerce. En SAS, les statuts sont librement rédigés : les associés définissent eux-mêmes les majorités, les conditions de cession, les organes de direction. Cette liberté est un avantage mais aussi un risque si les statuts sont incomplets.

L’objet social peut-il être modifié ?
Oui, la modification de l’objet social est une modification statutaire classique. Elle requiert une décision d’AGE (2/3 en SARL), une publication au JAL et un dépôt au greffe. Le nouveau code APE est attribué par l’INSEE. Attention : un changement d’objet social peut remettre en cause certaines autorisations administratives ou certains contrats.

CB

Maître Claire Beaumont

Avocate fiscaliste, 12 ans d'expérience. Ancienne collaboratrice de grands cabinets parisiens, installée à Lyon. Spécialiste en droit fiscal des entreprises, droit des sociétés et transmission.