Dès le premier mois d’impayé, le parent créancier peut saisir l’ARIPA (Agence de Recouvrement et d’Intermédiation des Pensions Alimentaires) pour déclencher une procédure de recouvrement sans avancer de frais. En parallèle, le débiteur qui ne verse pas la pension alimentaire fixée par un jugement s’expose à des poursuites pénales pour abandon de famille, passibles de deux ans d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende selon l’article 227-3 du Code pénal.
Dans cet article
- L’ARIPA peut engager le recouvrement dès 1 mois d’impayé, contre 6 mois auparavant
- L’allocation de soutien familial (ASF) atteint 195,85 € par mois et par enfant en 2026 en cas de non-paiement
- Le délit d’abandon de famille est puni de 2 ans de prison et 15 000 € d’amende
- Le délai de prescription pour récupérer les arriérés est de 5 ans (article 2224 du Code civil)
- Le paiement direct permet de prélever la pension directement sur le salaire du débiteur via un commissaire de justice
- Depuis 2023, l’intermédiation financière est systématique pour toute nouvelle décision fixant une pension alimentaire
Sommaire
- L’ARIPA : un service public gratuit pour récupérer les pensions impayées
- Que faire dès le premier mois d’impayé : les étapes concrètes
- Intermédiation financière : le versement passe désormais par la CAF
- Paiement direct et saisie sur salaire : deux leviers de contrainte
- Abandon de famille : 2 ans de prison et 15 000 € d’amende encourus
- 5 ans pour réclamer les arriérés : le délai de prescription applicable
- 195,85 € par enfant : l’allocation de soutien familial en cas d’impayé
- Comparatif des recours : délai, coût et efficacité de chaque procédure
L’ARIPA : un service public gratuit pour récupérer les pensions impayées
L’Agence de Recouvrement et d’Intermédiation des Pensions Alimentaires, rattachée à la Caisse d’allocations familiales (CAF) et à la Mutualité sociale agricole (MSA), constitue le premier interlocuteur pour tout parent confronté à un impayé de pension alimentaire. Ce service public, créé par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020 et renforcé par la loi du 24 décembre 2021, permet d’engager le recouvrement sans frais d’avocat ni avance de frais de justice.
Concrètement, l’ARIPA dispose de pouvoirs étendus pour retrouver le débiteur et ses ressources. Elle peut interroger l’administration fiscale, les organismes de Sécurité sociale, le fichier des comptes bancaires (FICOBA) et Pôle emploi. Une fois les revenus identifiés, elle met en œuvre des procédures de recouvrement forcé : prélèvement sur compte bancaire, retenue sur prestations sociales, ou encore saisie sur rémunération. Selon les données publiées par la Sécurité sociale, l’ARIPA traite plusieurs centaines de milliers de dossiers chaque année.
Le parent créancier n’a besoin que de deux documents pour déposer sa demande : le titre exécutoire fixant la pension (jugement, convention homologuée ou acte notarié) et un justificatif d’identité. La demande se fait en ligne sur le site pension-alimentaire.caf.fr ou directement auprès de la CAF. Le recouvrement des sommes dues peut remonter jusqu’à 24 mois d’arriérés, au-delà desquels il faudra passer par un commissaire de justice.
Voir aussi Droit de visite des grands-parents : fondement légal et procédure
Que faire dès le premier mois d’impayé : les étapes concrètes
La première démarche consiste à adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception au parent débiteur. Ce courrier rappelle l’obligation fixée par le juge et le montant dû. Il ne s’agit pas d’une obligation légale préalable, mais cette étape permet de formaliser la créance et de constituer un élément de preuve en cas de procédure ultérieure.
Si la mise en demeure reste sans effet, le parent créancier dispose de plusieurs options simultanées. La saisine de l’ARIPA est possible dès le premier mois de non-paiement, une avancée significative introduite par la loi du 24 décembre 2021 : auparavant, il fallait attendre deux mois d’impayé. Cette modification a considérablement accéléré le processus de recouvrement.
En parallèle, le recours à un commissaire de justice (anciennement huissier) reste pertinent pour engager un paiement direct. Cette procédure, prévue par la loi du 2 janvier 1973, permet de faire prélever les sommes directement auprès de l’employeur ou de tout tiers débiteur du parent défaillant. Les frais de commissaire de justice sont à la charge du débiteur, conformément à l’article L. 213-1 du Code des procédures civiles d’exécution.
Pour les situations les plus graves, le dépôt d’une plainte pénale pour abandon de famille peut être envisagé dès deux mois complets de non-paiement. Cette voie pénale est détaillée plus loin dans cet article.
Intermédiation financière : le versement passe désormais par la CAF
Depuis le 1er janvier 2023, l’intermédiation financière des pensions alimentaires est devenue systématique pour toute nouvelle décision de justice fixant, modifiant ou révisant une contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants. Ce dispositif, prévu par l’article 373-2-2 du Code civil modifié par la loi du 24 décembre 2021, signifie que le débiteur verse la pension à la CAF ou à la MSA, qui la reverse ensuite au créancier.
L’objectif principal est de prévenir les impayés en supprimant le lien financier direct entre les ex-conjoints. En cas de défaut de paiement du débiteur, la CAF verse immédiatement l’allocation de soutien familial au créancier et engage elle-même les poursuites de recouvrement. Ce mécanisme protège le parent créancier de toute rupture de trésorerie liée à un retard ou un refus de paiement.
Les parents peuvent toutefois renoncer conjointement à l’intermédiation financière, sauf dans les situations de violences conjugales ou familiales où elle est maintenue d’office. Cette renonciation doit être exprimée devant le juge ou dans la convention de divorce par consentement mutuel. À tout moment, chacun des parents peut demander la mise en place ou la reprise de l’intermédiation.
Paiement direct et saisie sur salaire : deux leviers de contrainte
Le paiement direct constitue la procédure de recouvrement la plus rapide. Un commissaire de justice notifie l’employeur du débiteur ou tout organisme versant des revenus (caisse de retraite, Pôle emploi) l’obligation de prélever chaque mois le montant de la pension sur la rémunération du débiteur et de le reverser au créancier. La notification prend effet dans un délai de huit jours. Cette procédure permet de récupérer jusqu’à six mois d’arriérés en plus de la pension courante, conformément à la loi n° 73-5 du 2 janvier 1973.
La saisie sur rémunération, distincte du paiement direct, intervient quand le créancier dispose d’un titre exécutoire et que les arriérés dépassent les six mois couverts par le paiement direct. Elle nécessite une requête auprès du juge de l’exécution du tribunal judiciaire. Le juge fixe le montant saisissable en respectant les barèmes de saisie qui tiennent compte des charges du débiteur et du nombre de personnes à charge. Le débiteur conserve dans tous les cas une somme au moins égale au RSA pour une personne seule.
Autre option méconnue : la saisie-attribution sur compte bancaire. Le commissaire de justice fait bloquer les sommes présentes sur les comptes du débiteur le jour de la saisie. Le débiteur dispose ensuite d’un mois pour contester devant le juge de l’exécution. En l’absence de contestation, les fonds sont remis au créancier. Les frais de cette procédure, incluant les honoraires du commissaire de justice, sont intégralement à la charge du parent débiteur. Pour obtenir le barème et le calcul de la pension alimentaire, il est utile de se référer aux grilles indicatives publiées par le ministère de la Justice.
Voir aussi Autorité parentale exclusive : dans quels cas elle peut être demandée
Abandon de famille : 2 ans de prison et 15 000 € d’amende encourus
Le non-paiement volontaire de la pension alimentaire pendant plus de deux mois consécutifs constitue le délit d’abandon de famille, prévu et réprimé par l’article 227-3 du Code pénal. Les peines encourues sont de deux ans d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
Pour que le délit soit constitué, trois conditions doivent être réunies. Premièrement, il faut l’existence d’une décision de justice exécutoire fixant la pension alimentaire. Deuxièmement, le non-paiement doit concerner une période d’au moins deux mois, même non consécutifs sur une période plus longue. Troisièmement, le caractère volontaire du non-paiement doit être établi : le débiteur doit avoir les moyens de payer mais choisit de ne pas le faire.
La procédure commence par le dépôt d’une plainte auprès du procureur de la République ou d’un commissariat. Le ministère public peut ensuite décider de poursuivre le débiteur devant le tribunal correctionnel. En pratique, les tribunaux prononcent le plus souvent des peines d’amende ou des peines d’emprisonnement avec sursis, assorties de l’obligation de régler les arriérés. Toutefois, en cas de récidive ou de refus persistant, des peines de prison ferme peuvent être prononcées.
Le parent débiteur qui fait face à des difficultés financières réelles dispose d’un recours : la demande de révision de la pension alimentaire auprès du juge aux affaires familiales. Un changement significatif de situation (perte d’emploi, invalidité, naissance d’un nouvel enfant) peut justifier une diminution du montant. En revanche, le simple fait de ne pas demander la révision et de cesser de payer expose à des poursuites. La question de l’autorité parentale n’est pas directement liée au paiement de la pension, mais un comportement gravement défaillant peut être pris en compte par le juge.
5 ans pour réclamer les arriérés : le délai de prescription applicable
Le délai de prescription pour le recouvrement des pensions alimentaires impayées est de cinq ans, conformément à l’article 2224 du Code civil. Ce délai court à compter de chaque échéance impayée. Concrètement, si un parent n’a pas payé la pension de janvier 2022, le créancier a jusqu’en janvier 2027 pour en réclamer le paiement.
Ce délai de cinq ans remplace l’ancien délai de prescription de trente ans qui s’appliquait avant la réforme de la prescription civile par la loi du 17 juin 2008. Toutefois, les pensions échues avant cette réforme bénéficient d’un régime transitoire. Le délai de prescription peut être interrompu par une mise en demeure, une saisine de l’ARIPA, un acte de saisie ou le dépôt d’une plainte pénale, ce qui fait courir un nouveau délai de cinq ans.
Point important : la prescription ne s’applique qu’aux échéances passées. Le titre exécutoire fixant la pension reste valable tant qu’il n’est pas modifié ou supprimé par une nouvelle décision de justice. Pour les parents qui accumulent des arriérés depuis plusieurs années, il est donc essentiel d’agir rapidement afin de ne pas perdre le bénéfice des sommes les plus anciennes. La prestation compensatoire, bien que distincte de la pension alimentaire, suit des règles de prescription similaires.
195,85 € par enfant : l’allocation de soutien familial en cas d’impayé
Lorsque la pension alimentaire n’est pas versée, la CAF peut attribuer l’allocation de soutien familial (ASF) au parent créancier. Son montant s’élève à 195,85 euros par mois et par enfant au 1er avril 2026, selon le barème publié par la Direction de l’information légale et administrative. Cette allocation est versée à titre d’avance : la CAF se retourne ensuite contre le parent débiteur pour récupérer les sommes versées.
L’ASF est attribuée sans condition de ressources dès lors que le parent créancier élève seul l’enfant et que la pension n’est pas payée ou est inférieure à 195,85 euros. Si la pension due est supérieure à ce montant, l’ASF constitue un complément différentiel. La demande se fait auprès de la CAF, qui engage simultanément une procédure de recouvrement via l’ARIPA.
Le versement de l’ASF peut être cumulé avec d’autres prestations familiales. Elle n’est pas imposable et n’entre pas dans le calcul des ressources pour l’attribution du RSA ou de la prime d’activité. En cas de garde alternée, l’ASF n’est versée qu’au parent qui ne reçoit pas la pension alimentaire due par l’autre parent.
Comparatif des recours : délai, coût et efficacité de chaque procédure
Chaque procédure de recouvrement présente des avantages et des limites. Le choix dépend du montant des arriérés, de la situation du débiteur et de l’urgence. Le tableau ci-dessous synthétise les principales caractéristiques de chaque recours disponible.
| Procédure | Délai de mise en œuvre | Coût pour le créancier | Arriérés récupérables | Organisme compétent |
|---|---|---|---|---|
| Saisine de l’ARIPA | 1 à 3 mois | Gratuit | Jusqu’à 24 mois | CAF / MSA |
| Paiement direct | 8 jours après notification | À la charge du débiteur | Jusqu’à 6 mois + pension courante | Commissaire de justice |
| Saisie sur rémunération | 2 à 4 mois | À la charge du débiteur | Totalité des arriérés dans la limite de la prescription | Juge de l’exécution |
| Saisie-attribution sur compte | Immédiat (blocage jour même) | À la charge du débiteur | Totalité des arriérés dans la limite du solde | Commissaire de justice |
| Plainte pénale (abandon de famille) | Variable (enquête puis audience) | Gratuit | Prononcé par le tribunal correctionnel | Procureur de la République |
| Recouvrement par le Trésor public | 3 à 6 mois | Majoration de 10 % à la charge du débiteur | Jusqu’à 6 mois | Comptable du Trésor |
Le recouvrement par le Trésor public, prévu par la loi du 11 juillet 1975, reste un recours possible lorsque les autres procédures ont échoué. Le créancier doit s’adresser au procureur de la République, qui transmet le dossier au comptable du Trésor. Ce dernier utilise les mêmes moyens que pour le recouvrement de l’impôt, ce qui lui confère une efficacité particulière. Toutefois, la procédure est plus longue et ne couvre que six mois d’arriérés.
Pour les parents dont l’ex-conjoint réside à l’étranger, des conventions internationales de recouvrement existent, notamment le règlement européen n° 4/2009 et la convention de La Haye du 23 novembre 2007. Le ministère des Affaires étrangères peut intervenir comme autorité centrale pour faciliter les démarches transfrontalières. La question de la prestation compensatoire peut également se poser dans le cadre d’un divorce, avec des mécanismes de recouvrement similaires.
À retenir
- Saisir l’ARIPA dès le premier mois d’impayé : la procédure est gratuite et permet de récupérer jusqu’à 24 mois d’arriérés
- Demander l’allocation de soutien familial (195,85 € par enfant) auprès de la CAF en attendant le recouvrement effectif
- Privilégier le paiement direct via un commissaire de justice pour un résultat rapide (8 jours) lorsque l’employeur du débiteur est identifié
- Ne pas dépasser le délai de prescription de 5 ans pour chaque échéance impayée, sous peine de perdre la créance
- Déposer une plainte pour abandon de famille après 2 mois d’impayé si le débiteur a les moyens de payer mais refuse volontairement
Questions fréquentes
Comment se déroule un recouvrement de pension alimentaire par l’ARIPA ?
Le parent créancier dépose sa demande en ligne sur pension-alimentaire.caf.fr ou auprès de sa CAF, en joignant le titre exécutoire et un justificatif d’identité. L’ARIPA recherche les ressources du débiteur en interrogeant l’administration fiscale, la Sécurité sociale et le fichier FICOBA. Elle engage ensuite des prélèvements forcés sur les comptes bancaires, les salaires ou les prestations sociales du débiteur. La procédure est entièrement gratuite pour le créancier et peut remonter jusqu’à 24 mois d’arriérés.
Le non-paiement volontaire de la pension alimentaire pendant plus de deux mois constitue le délit d’abandon de famille prévu par l’article 227-3 du Code pénal. Le parent défaillant encourt deux ans d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. En pratique, les tribunaux prononcent majoritairement des amendes ou des peines de prison avec sursis, mais des peines fermes sont possibles en cas de récidive.Quelle sanction pénale encourt le parent qui ne paie pas la pension alimentaire ?
Le délai de prescription est de cinq ans à compter de chaque échéance impayée, conformément à l’article 2224 du Code civil. Ce délai peut être interrompu par une mise en demeure, un acte de saisie, une saisine de l’ARIPA ou le dépôt d’une plainte pénale. Chaque interruption fait courir un nouveau délai de cinq ans. Au-delà du délai, les sommes sont définitivement perdues.Quel est le délai de prescription pour réclamer une pension alimentaire impayée ?
Il convient d’envoyer d’abord une lettre recommandée de mise en demeure rappelant l’obligation de paiement. En cas d’échec, trois démarches simultanées sont possibles : saisir l’ARIPA pour un recouvrement gratuit, mandater un commissaire de justice pour un paiement direct sur salaire, et demander l’allocation de soutien familial (195,85 € par enfant et par mois) auprès de la CAF. Si le non-paiement dépasse deux mois et que le débiteur a les moyens de payer, une plainte pour abandon de famille peut être déposée.Comment faire quand le père ou la mère ne paie pas la pension alimentaire ?
Depuis le 1er janvier 2023, l’intermédiation financière est systématique pour toute nouvelle décision de justice fixant ou modifiant une pension alimentaire. Le débiteur verse la pension à la CAF, qui la reverse au créancier. Les parents peuvent y renoncer conjointement, sauf en cas de violences conjugales ou familiales. Pour les décisions antérieures à 2023, l’un ou l’autre parent peut demander la mise en place de l’intermédiation à tout moment auprès de la CAF.L’intermédiation financière de la CAF est-elle obligatoire pour les pensions alimentaires ?
Les frais de commissaire de justice pour une procédure de paiement direct sont intégralement à la charge du débiteur, et non du créancier, conformément à l’article L. 213-1 du Code des procédures civiles d’exécution. Le tarif est réglementé et comprend un droit fixe de signification (environ 30 à 50 €) et un droit proportionnel calculé sur les sommes recouvrées. Le parent créancier n’avance aucun frais dans le cadre de cette procédure.Combien coûte un commissaire de justice pour le recouvrement d’une pension alimentaire ?
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Sources
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